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Du rififi chez Al Massar

Du rififi chez Al Massar

 

Que se passe-t-il au juste au sein d’Al Massar, ce petit parti de gauche, grand de par son Histoire ? Etaler son linge sale au grand public, n’est pas le genre de la maison. Pourtant, il semblerait qu’il n’était plus possible de contenir les tensions internes. Le verre a bien débordé dévoilant une dissension profonde impliquant deux figures historiques du parti, Samir Taieb et Jounaidi Abdeljaoued.

 

Si Al Massar a toujours bénéficié d’une image « lisse » chez le grand public, une image d’un parti loin des magouilles et des coups bas politiques, aujourd’hui ce n’est plus le cas. C’est en marge de la crise engendrée par les discussions sur l’Accord de Carthage et notamment la question du départ de Youssef Chahed que tout a éclaté au grand jour.

Dimanche 27 mai, nous apprenions que la majorité des membres du bureau politique d’Al Massar avait appelé au gel d’activité du secrétaire général, Samir Taieb, l’accusant, dans la foulée, de semer la zizanie et de vouloir nuire aux relations séculaires entre le parti et la puissante UGTT. Des agissements qui portent préjudice au parti, d’autant plus que Samir Taieb a assisté à la dernière réunion des signataires de l’Accord pour défendre le chef du gouvernement, selon les membres du bureau politique.

Il n’en fallait pas moins pour que les deux principaux protagonistes de cette crise partisane, montent au créneau le lendemain, donnant lieu à des échanges acerbes par médias interposés.

 

Pour comprendre les dessous de cette mini-guerre, revenons à la source du problème. La réunion de vendredi dernier de l’Accord de Carthage, au cours de laquelle les représentants des partis et des organisations devaient signer les 64 points du document, constitue la principale pomme de discorde.

Jounaïdi Abdeljaoued avait reçu, jeudi, une invitation officielle pour représenter Al Massar lors de la réunion. Informé, Samir Taieb annonce à ses camarades que c’est à lui de représenter le parti. Ce qui a posé problème pour les membres d’Al Massar, c’est que le secrétaire général n’avait pas assisté aux réunions du parti qui fixaient la position du processus de Carthage et le fait qu’il porte une double casquette en sa qualité de ministre au sein du gouvernement. Samir Taieb est en effet juge et partie dans cette affaire, alors que les dirigeants d’Al Massar tiennent à la séparation entre l’activité partisane et celle gouvernementale. Ils estiment également que Taieb ne serait pas présent pour défendre la position du parti.

 

Il faut dire que la position d’Al Massar n’était pas très claire quant à la question du départ de Youssef Chahed, partant du principe que le parti a choisi de prendre ses distances des tractations politiques au profit des priorités du document de Carthage, notamment le volet social, se rapprochant de ce fait avec l’UGTT (qui exige la tête de Chahed). Ainsi, pour certains membres d’Al Massar, Samir Taieb était présent à la réunion de vendredi dans la seule finalité de défendre le chef du gouvernement. Ce qui a d’ailleurs créé des tensions, ce jour-là, entre le concerné d’un côté et Hafedh Caïd Essebsi et Noureddine Taboubi de l’autre.

 

Après le report des discussions au lundi 28 mai, les partis et organisations devaient consulter leurs structures concernant la démarche à suivre et trancher sur la question du maintien ou non de Youssef Chahed. Samedi, une délégation menée par Jounaidi Abdeljaoued a été reçue par Noureddine Taboubi pour une mise au point. La réunion d’Al Massar de dimanche a été présidée par le même Jounaidi Abdeljaoued, qui avait exposé au bureau politique le contenu des discussions avec le secrétaire général de l’UGTT, en l’absence de Samir Taieb.

C’est au cours de cette réunion du bureau politique que la situation a dégénéré, les membres apprenant que Samir Taieb aurait transmis à Noureddine Tabboubi, de fausses données à propos de la position de Jounaïdi Abdeljaoued touchant la centrale syndicale. Branle-bas de combat, les camarades de Samir Taieb appellent au gel de son activité au sein du parti et annoncent qu’il ne représente pas Al Massar, notamment dans la réunion de l’Accord de Carthage prévue lundi. C’est ainsi que le bureau politique s’est mis d’accord pour que le parti soit représenté par Jounaïdi Abdeljaoued. Sauf que voilà, Al Massar a désormais deux clans. Celui du ministre de l’Agriculture ayant tenu à le consulter, ce dernier a opposé son veto quant à la présence de M. Abdeljaoued. Après moult tractations, on propose le nom de Faouzi Charfi qui est accepté, a priori, par les deux clans. Finalement, c’est Samir Taieb qui se présentera à la réunion de l’Accord de Carthage.

 

Jounaïdi Abdeljaoued, ouvrira publiquement les hostilités et dira sur Shems Fm que Samir Taieb a insisté pour être présent à la réunion contrairement aux décisions du parti. « Par conséquent, Samir Taieb y assistera en tant que ministre pour défendre Youssef Chahed et son gouvernement, et non pas en représentant d’Al Massar », avait-t-il expliqué. Selon lui, le secrétaire général d’Al Massar a décidé, tout seul, d’assister à cette réunion et avait pris contact avec la présidence de la République pour l’informer qu’il sera présent à la réunion.

Samir Taieb ripostera, sur la même station, en accusant son camarade d’œuvrer pour « autrui », en l’occurrence l’UGTT : « Jounaïdi Abdeljaoued travaille pour autrui, il ne sert ni les intérêts du pays, ni ceux du parti », s’était-il exclamé, ne manquant pas de lui lancer une pique bien sentie : « Il se promène de radio en radio pour dénigrer un secrétaire général qu’il n’a pas accepté depuis son élection ! ».

 

Dans les jours à venir, une commission d’enquête au sein du parti statuera sur les conséquences de ces agissements, la proposition du gel d’activité n’étant finalement pas retenue. Le bureau politique d’Al Massar énoncera des recommandations qui ne seront appliquées que via un conseil national extraordinaire. Face à l’impasse, certaines voix appellent même à un congrès extraordinaire pour clarifier les choses. L’Accord de Carthage, à défaut de résultat, aura réussi à exacerber les tensions politiques et faire imploser le descendant d’Ettajdid et du Parti communiste tunisien.

 

Consternant spectacle que nous renvoie-là Al Massar, qui rejoint la longue liste des partis fractionnés en clans fratricides. Certains membres avanceront, dépités, que c’est la malédiction des partis ayant pactisé avec Ennahdha qui s’est abattue sur Al Massar.

 

Ikhlas Latif

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